Bon, et bien comme souvent, je suis le dernier à livrer mon compte-rendu. Trop de choses à mettre dedans sans doute et
beaucoup de fatigue qui ressort dans cette période de repos post-IM.
Cette année, nous sommes arrivé sur place à 3 athlètes, avec JB et Fabrice, plutôt de bonne heure puisque nous sommes sur
place depuis le jeudi soir. Cela nous laisse 7 jours plein d’acclimatation. Le voyage a été long, bien sur, mais sans problème particulier, et on finit par s’habituer. J‘arrive à Kona en terrain
connu, et toute la semaine je retrouve des lieux qui commencent à m’être très familier. J’imagine Tonio et Dany, ils doivent avoir leurs chaussons cachés quelque part au Pier
.
Cette année, j’ai décidé d’aborder la course le plus tranquillement possible,
sans me mettre de pression exagérée, ce qui ne m’avait pas trop réussi en 2009. J’ai fait une bonne préparation, et je me sens en pleine forme, tout devrait donc bien se passer.
Malheureusement, je ne vais pas réussir à rester aussi zen bien longtemps. Déjà la veille du départ, une douleur à l’œil m’a
obligé à passer la soirée aux urgences. Rien de grave, une petite blessure de la cornée, mais je dois traiter çà au plus vite. Du coup pas de dernière soirée en famille ni de repos avant le long
voyage, mais seulement 4 petites heures de sommeil pour me mettre en condition.
Arrivé sur place, la douleur a disparu, mais j’ai beaucoup de mal à encaisser le décalage. Après 3 autres nuits à ne dormir
que 4 heures, j’arrive à me recaler, et surtout à combler le déficit de sommeil en allant me coucher en même temps que Mahé, avec aussi des petites siestes réparatrices bienvenues.
Au niveau des entraînements, ce n’est du coup forcément pas terrible. Plutôt bien en nat, et correct à pied, j’ai par contre
du mal à vélo. : pas de force dans les jambes, pas à l’aise en position, je me fais régulièrement lâcher par JB – mais il est jeune, mon amour-propre résiste – mais aussi par Fabrice (et là
aucune excuse en vue
). Pas grave, ça va revenir pour la course ….
A J-3, j’ai récupéré mon déficit de sommeil, mais je commence à avoir mal aux dents, celle soignée 15 jours avant, et à J-2
se réveille une vieille habitude, perdue depuis bientôt 1 an : une petite otite externe à gauche, pas handicapante, juste douloureuse. Et pour couronner tout ça, les séances vélo dans le
vent violent ont rouvert la plaie cornéenne, et je ferme l’œil la moitié du temps. Il va sans doute être vraiment temps de se mettre au repos, ça craque de partout.
Du coup, çà commence à être vraiment dur de garder la zen attitude, d’autant
qu’à Kona, en particulier au Pier, on est en plein dedans. Que du lourd par ici, pas de quoi se sentir décontracté, les autres n’étant visiblement pas là pour rigoler. J’avais été impressionné il
y a quelques années par le matériel dans les parcs à vélos d’IM, mais ici je n’ai pas vu de cadres autres que de chrono, et les 404 sont visiblement
le minimum pour avoir le droit d’entrer. Quelques irréductibles résistent encore au casque aéro, mais on sent bien qu’il s’agit d’un combat d’arrière garde
.
Malgré tous ces petits désagréments, je reste sur mes objectifs initiaux : avant tout me faire plaisir, et pour y
parvenir, essayer de gérer ma course de façon à pouvoir courir un marathon propre jusqu’au bout.
Je vais donc essayer de rester tranquille en natation et en vélo, ce qui au
niveau chronométrique devrait se traduire par des temps aux alentours de 1h05 et 05h15. En 2009 j’ai nagé en 1h07 et roulé en 5h16, avec des crampes tout du long en nat et un gros coup de moins
bien après Hawi en vélo. Pour cette année, je vais juste viser plus ou moins les mêmes temps, en espérant sortir beaucoup plus frais de façon à courir si possible mon meilleur marathon. Pour le
marathon justement, sur une course « normale » j’aurai dit 3h15, mais ici, vu le dénivelé et la chaleur, il faudra rajouter 5 à 10’ pour un petit 3h25 donc. Les transitions ici sont
aussi un peu longues, et je compte 8’ pour les 2, pour un total de 09h53 … coïncidence stupéfiante, c’est le temps de Tonio en 2010 ! Je vais tâcher de courir en 3h24
.
Comme d’habitude, plus nous nous rapprochons de la course, plus les journées sont longues. A J-2, une petite heure de vélo
seulement puis plus rien jusqu’à la pasta party du soir. Bon début avec grosses assiettes de pâtes et danses folkloriques (avec aussi bien sur les discours obligés et convenus des dirigeant de la
WTC sur le thème « vous êtes vraiment formidables … », et son cortège de petites histoires, de celles qui devraient nous faire couler une larme). Lors du classique, «levez-vous ceux qui sont déjà venus plus d’une fois …», on se rend compte qu’Hawaii est surtout une course d’habitués. Les rookies ici
ne représentent pas plus d’1/4, peut-être 1/3 des participants. Le speaker ne s’y trompe pas d’ailleurs, en n’appelant que par paquet de 5 années : « qui est venu 1 fois, 5 fois, 10
fois… 25 fois », et jusqu’à 27 d’affilé pour la légende Ken Glah, toujours présent, et qui ajoutera une 28° médaille de finisher à sa collection cette année.
La soirée tourne un peu court lorsque la pluie s’invite, discrètement au début, puis violemment, nous obligeant à lever le
camp avant le briefing prévu en fin de soirée.
C’est en rentrant, en train de lire l’athlète guide pour me faire mon petit briefing perso, que j’ai la surprise de voir
débarquer Laetitia, sensée être à Paris avec les enfants. Elle vient de faire 25 heures d’avion, juste pour être au bord de la route pendant la course, et repart avec nous dès le lundi soir. 50
heures d’avion, 2 fois 12 heures de décalage horaire, 3 1/2 jours sur place. Grosse fatigue en perspective pour elle, mais cela fait vraiment plaisir de la savoir ici avec moi … je n’ai encore
jamais couru d’IM sans ses encouragements, cela aurait été dommage de commencer ici.
Après un vendredi calme, avec juste quelques petits rappels dans les 3 disciplines et un dépôt des vélos fluide, après aussi
une bonne nuit de sommeil, plutôt inhabituelle les veilles de course, nous voilà enfin au pied du mur.
Debout donc dès 04h00 du matin. Pas de difficultés à se lever, surtout que m’attend mon Gatosport favori. Je sais, cela fait
souvent sourire, mais j’adore çà, alors autant en profiter. Nous sommes au marquage vers 05h, toujours aussi pro, avec des dizaines de volontaires et des tampons de compétition à toutes les
tables. A 05h30 dans le parc, nous finissons de préparer les vélos à la lampe frontale (enfin celle du voisin). A 06h00 environ tout est prêt,
vérifié et revérifié. A 06h30, départ des pros. Un peu à l’écart avec Fabrice, nous n’entendons que le coup de canon. Cela ne nous concerne de toute façon pas vraiment.
Nous croisons Sandrine et Jean-Michel qui malgré les dizaines d’IM à son actif,
avoue une petite boule au ventre à moins de 30’ du départ de son premier Hawaii. L’émotion est même si forte que Sandrine y va de sa petite larme. Je suis heureux pour eux, et cela me rappelle la
chance que nous avons d’être là, et le simple fait qu’il faut juste profiter de la course au maximum.
Nous nous dirigeons ensuite lentement avec le flot des GA vers le petit
escalier du Pier. Un dernier coucou à nos supportrices en rentrant dans l’eau, et nous gagnons chacun nos places, choisie pour ma part longtemps à l’avance : surtout pas collé à droite comme
en 2009, je n’ai pas le niveau pour résister à la baston qu’il va y avoir là-bas, pas trop à gauche non plus pour ne pas rajouter 200 mètres. Pour les mêmes raisons, je me positionne en 2 – 3°
ligne. J’ai même la chance de trouver une forte concentration de bonnet rose : je me place bien au centre, tant qu’à prendre des mains aux fesses, autant que cela soit par des jeunes filles,
ce sera sans doute moins vigoureux
.
A 07h00 pétante c’est le départ au canon. J’essai tout de suite de nager assez proprement, en évitant autant que possible les
contacts. Ce n’est pas que je les redoute, mais on y perd beaucoup d’énergie, surtout ici où on ne s’échappe jamais avant au moins 2 à 3000 mètres. Ca se passe plutôt bien jusqu’à la 2° bouée.
Pourtant dans une ligne droite, je m’aperçois que mon groupe s’est fortement rapproché de la corde – je me retrouve avec la bouée à moins d’un mètre sur ma droite – la bataille y est féroce. Tous
les nageurs autour de moi sont passés en brasse, et nous sommes quasiment arrêtés. Je vois un concurrent devant moi passer sous l’eau et se faire « piétiner » à trois reprises par ceux
qui le suivent. J’en ai même peur pour lui, les apnées sont plutôt longues, mais il repart normalement dès que le groupe s’écarte un peu.
Mis à part cet épisode, nous arrivons à nager relativement proprement et sans trop de coup, malgré quelques resserrements
ponctuels, et ce jusqu’au demi-tour. Bien sur, à ce moment cela chahute encore pas mal. Bien que nous en soyons déjà à 1900 mètres, ce n’est pas décanté à mon niveau de la course.
Etant comme prévu resté plus ou moins sur la réserve à l’aller et les sensations n’étant pas trop mauvaises, je me décide à
accélérer sur le retour. Malheureusement, même si je n’ai aucun mal à dépasser les nageurs qui m’entourent, je n’arrive pas à franchir la muraille de pieds et de coudes sur laquelle je n’arrête
pas de buter peu après. Après quelques tentatives de passage au centre, je tente de déborder par la gauche, en eau libre. Malheureusement, de ce côté il n’y a plus personne pour me faire la
navigation, et ce que je gagne en vitesse, je le perds rapidement en zigzag. Après 2 essais peu concluants, je réintègre la bande de nageurs à la corde pour prendre mon mal en patience. Sur cette
portion de 1000 mètres du début du retour, j’aurai doublé le même nageur (combi noire et blanche, lunettes fumées, grosses cuisses …non, non ce n’est pas Fab) 7 fois … pour rien.
Je me contente donc de suivre le flot en regardant le fond. Cela me permet de remarquer toute une bande de dauphins qui
croisent notre route en profondeur, dont une mère et son petit. Décidé à être positif toute la journée, je prends çà comme un bon présage pour la suite (mais non je ne suis pas superstitieux …
chacun sait que cela porte malheur).
C’est un petit peu surpris d’être déjà arrivé que je vois la jetée à l’occasion d’une respiration à gauche. Je sors de l’eau
bouche fermée, vraiment pas entamé. Je jette un œil à la pendule en passant : 1h06. Pas terrible, mais je m’en doutais bien sur. Cela ne fait qu’une minute de perdue, ça se rattrape.
Sous la tente c’est l’embouteillage. Il fait noir, le sol est détrempé, je ne trouve pas de chaise où m’asseoir. Du coup
j’enfile juste mon dossard, et je prends chaussures et chaussettes à la main pour les enfiler plus loin. Ca me permettra de garder les pieds secs sur le vélo. Je passe en courant devant une table
de ravito, coince mes chaussures sous le bras gauche, garde mes chaussettes sèches dans la main, attrape un verre d’eau de la main droite, prend une gorgée pour rincer le sel, et la recrache …
sur les chaussettes. Bien vu. Finalement sans doute pas si lucide que ça.
Enfin tout ça n’est que de la mise en bouche et le plat principal se présente maintenant. J’ai pour consigne de partir sur un bon rythme pour rester dans la
course, sans pour autant me mettre à fond dans la partie en ville en aller-retour sur la Kuakini Hway, puis de prendre rapidement mon rythme de course dès le retour sur la Queen K. En termes de
fréquence cardiaque, cela signifie, plus ou moins 145 puls dans la première partie, puis redescente sur 130 – 135 puls pour la suite. Je pars donc plutôt gentiment, surtout attentif aux autres
coureurs, très nombreux dans cette partie de la course. Dès les premières montées, je me rends compte que les jambes piquent tout de suite. Comme on pouvait s’y attendre au vu des entrainements
des derniers jours, je n’ai pas des jambes de feu. Les puls ne montent guère au dessus de 135, très bas pour un début de course et signe de toutes petites jambes. Pas grave, le moral n’est pas
touché et pas besoin de grosses jambes pour un 05h15. Dès le début de la montée, Philippe Antony me dépasse. J’essai de prendre son rythme, mais j’y renonce rapidement préférant m’en tenir à ma
stratégie initiale et temporiser. De toute manière, il court plus vite que moi.
En arrivant sur la Queen K., les sensations redeviennent un peu meilleures, surtout grâce au vent de dos, puissant. Quasiment
en permanence sur le 54x12, je regrette de n’avoir pas opté pour le 11 dents. Les 50 km/h sont régulièrement dépassés, et dans ces conditions je ne me fais quasiment plus doubler. Après 1 heure
de course, dont 20’ en ville avec une bonne petite montée, j’en suis déjà à 43 km. Toujours ça de pris, mais le retour va sans doute être plus compliqué.
C’est en général à ce moment de la course que l’on commence à rencontrer du vent défavorable, pour ne plus le lâcher jusqu’à
l’arrivée. Cette année pourtant, pas de difficulté avant Kawaihae et le début de la montée vers Hawi. Du coup, le parcours n’étant pas encore très sélectif, de gros paquets se forment. Difficile
d’être affirmatif, mais je n’ai pas l’impression de voir trop de « suceur de roue », la plupart des concurrents se retrouvant plutôt victime d’un état de fait.
Comme la plupart des autres donc j’essaie d’être très attentif aux autres
concurrents, à la fois pour éviter les écarts, réguliers, mais aussi pour éviter les sillages et l’abri. Bien que cela soit interdit, je suis régulièrement obligé de passer sur une troisième,
voire quatrième file, et je mords la bande centrale à plusieurs reprise. Les arbitres, très présents ne s’en offusquent heureusement pas. Ils n’hésitent pas par contre à cartonner ceux qui ne
semblent pas jouer franc-jeu, où même, chrono en main, ceux qui tardent un peu dans leurs dépassements. A chaque ravito, je compte au moins 4 à 5 personnes dans les penaltys box.
C’est dans cette portion que je vois passer Pierre-Yves, qui ne doit même pas s’en apercevoir. Il semble bien parti pour une
belle perf à vélo (et effectivement il signera un 04h45). C’est aussi dans cette portion que je rattrape Sam Froger, qui comme moi temporise au maximum : même coach, mêmes
consignes
.
Heureusement, dès le début de la montée vers Hawi, nous retrouvons le légendaire Ho’omumuku (le mistral local), cette fois bien présent. Dès que la difficulté s’accroît, les paquets se disloquent enfin, et la course redevient parfaitement
claire.
Dans la montée je suis scrupuleusement les consignes du coach : « tranquille, pas trop d’efforts qui se paieraient
plus tard ». Du coup je vois des paquets de coureurs – et de coureuses
- me déposer sans effort. Le seul que
je double est un japonais dans une tenue à carreau, posé sur un vélo en bois
.
Je vois passer Arnaud Constans dans la montée. Même pas le temps de l’encourager qu’il est déjà loin. Je me traîne
vraiment.
J’ai eu beau chercher, je n’ai pas pu voir JB dans sa descente. Je me dis aussi que si Fabrice est bien et qu’il a décidé
d’appuyer, il ne devrait sans doute pas être loin derrière au demi-tour. Je surveille donc, mais pas de Fabrice à proximité. Il doit donc avoir décidé de préserver son marathon.
Petite frayeur à la sortie du ravito avant la descente : je m’emmêle un peu entre les bouteilles que je jette, celles
que je bois et celles que je me verse sur la tête, et je ressors du ravito avec juste une demi bouteille d’eau. Un peu juste, mais finalement sans conséquence.
Pour la suite de la course, les consignes du coach prévoient une descente rapide, concentré, en pédalant sur du gros braquet
pour ne pas être trop le jouet du vent, puis sur le retour, maintenir le rythme. D’après CB, c’est là que l’on commence à récupérer les morts.
Je reste donc bien concentré sur la descente en mettant d’emblée le 54x12. Malheureusement, quand on dépasse les 60 km/h,
c’est rapidement trop juste, et je dois interrompre le pédalage. Et bien sur, Christophe sait de quoi il parle, le vent en profite pour me balader de droite à gauche de la route. Du coup je
renonce rapidement à rester sur les prolongateurs, et je fais une bonne partie de la descente mains sur les cocottes, penché en avant au dessus du cintre … ça pique les bras, mais c’est toujours
mieux qu’une rencontre impromptue avec le bitume, qui elle fait mal aux dents :=).
Enfin de retour sur la Queen K. il ne reste plus qu’à rentrer, environ 60 km, dont 45 – 50 vent de face. J’ai maintenant le
droit de me lâcher un peu. Bien que j’ai toujours du mal à conserver la position aero, je commence à remonter franchement. Je me soulage le dos et le reste dans chaque petite bosse en relançant
en danseuse et il n’y a plus grand monde qui revient de l’arrière maintenant (il faut dire que tous les costauds sont déjà passés). Je vois pourtant une féminine avec écrit Michie sur les fesses
me dépasser dans une bosse, assise, sur les prolongateurs, tout à droite, à 60 rpm. Un tank. Pas l’habitude quand même de me faire déposer par des féminines en GA.
Le retour est donc finalement plus agréable que l’aller, seul, à remonter les concurrents, bien concentré, pas fatigué. Je
continue à être vigilant sur l’alimentation, et j’avale 1 gel tous les ¼ heure tout en buvant leur Iron Perform à chaque ravito, et en me vidant une bouteille d’eau sur la tête au passage pour
bien refroidir la machine : le soleil est bien en place, et la température commence à monter.
Je pose finalement le vélo en 05h13, après 184,7 km au GPS. Je suis bien dans mes temps, et j’ai repris la minute perdue en
natation. Je ne me sens pas du tout entamé : pour le moment le plan suit son cours, il ne reste plus qu’à être présent sur le marathon.
La transition étant très longue et puisque je n’enlève pas mes chaussures sur le vélo, je m’arrête dans un coin pour les
retirer et courir pied nu. En me relevant (je m’étais pourtant soigneusement mis à l’écart), un allemand me fait sauter les chaussures vélo des mains, et passe sans s’excuser. Il m’a sans doute
fait monter un peu les puls : je récupère mes chaussures, pique un mini sprint et le vire du tapis d’un coup d’épaule en lui expliquant ma façon de penser. Je ne comprends pas sa réponse, mais ça doit être des excuses puisqu’il me laisse passer sans réagir … je me suis sans doute énervé pour rien. Du coup après
avoir appliqué la Frank Attitude en nat (tranquille, profite de la glisse), la Tonio Attitude en vélo (le vent c’est dans la tête, plus ça souffle fort, plus tu souris), je vais partir avec la
Chrissie Attitude sur le marathon (grand sourire accroché et coucous aux spectateurs).
Et dès les premiers pas, je n’ai pas à me forcer : les jambes vont bien, la chaleur me semble supportable et je suis content d’être là. Du coup le sourire
apparaît tout de suite, ce qui déclenche les encouragements des spectateurs … qui entretiennent le sourire. C’est facile finalement. Je tâcherai de m’en rappeler après le 30° km
.
Pas de problème donc sur Alii Drive. A chaque ravito je remplis ma casquette de glaçons, me verse un ou deux verres d’eau
glacée sur la tête, et prend un ou deux verres de boisson énergétique, plus 1 gel tous les 2 ravitos. Pour le coca, ce sera ma récompense en haut de Palani road, pas avant. Tout ça prend bien
évidemment un peu de temps, mais je veux à tout prix éviter le coup de chaud ou d’hypo, et assurer un marathon dans les 03h20 – 3h25, et je cours suffisamment vite entre chaque arrêt pour être
dans les temps.
A l’aller sur Alii drive je croise Nico Hemmet, très concentré sur sa course, qui me fait un petit signe de l’index, discret,
tout ce qu’il peut se permettre de distraire de sa course et j’admire sa concentration. Un peu plus loin DFF ne semble pas au mieux. Je ne repère pas Fabrice Houzelle, mais il doit être juste
derrière puisqu’il le reprendra un peu avant l’arrivée. Par contre, surprise, je croise JB, aussi concentré que Nico, peu après. Si je ne me trompe pas dans mes calculs, vu où je le croise, il
doit avoir pas loin d’1/2 heure d’avance sur moi. Comme je suis bien sur mes bases d’environ 09h50, il est facilement sous les 09h30, objectif « rêvé » annoncé quelques jours avant,
d’autant qu’il va sans doute continuer à creuser l’écart (confirmation au demi-tour, il pointe à 26’ devant moi !).
Peu avant le demi-tour je croise aussi Arnaud Constans, à 4’30 devant : un peu loin pour chasser dès maintenant, mais
pas trop loin pour ne pas espérer le revoir, même si à Val de Reuil il a couru plus vite que moi. On verra pour la suite.
Pendant le retour sur Alii Drive, je guette Fabrice. Je le croise environ 10 minutes après mon demi-tour, soit environ 20’
derrière : génial, lui aussi est en plein dans ses temps. Il a l’air bien, et peut donc viser autour de 10h15 si ça ne craque pas. Juste derrière je croise aussi Arnaud Bouvier et
Jean-Michel Gardeux. La lutte va être chaude chez les V2 français
.
Peu avant Palani road je rattrape « Michie » qui semble à la peine après s’être bien pourri les cuisses sur le
vélo : Il y a quand même une justice :=). Pour la montée de Palani, je n’ai pas prévu de courir coûte que coûte : dès que cela deviendra dur, je marcherai tout en me refroidissant
au maximum. En fait j’attaque la montée en petites foulées fréquentes, et me retrouve en haut sans même m’en être rendu compte. Les spectateurs sont là : Sandrine d’abord, puis Laetitia un
peu plus haut. Je donne des conseils à une jeune fille qui semble déçu de marcher, et je la félicite pour sa perf actuelle, avant de m’apercevoir qu’il s’agit d’une pro, loin de ses perf
attendues, et qui n’a sans doute pas besoin de mes conseils. Elle a visiblement eu des soucis en vélo et termine la course tranquillement au milieu des GA (Jackie Arendt, elle finira 22° pro en
10h21). Elle m’accompagne sur 1.5 km, puis me souhaite bonne chance, sans doute plus très concentré sur sa course.
En haut de Palani road commence le domaine de Pelée : champs de lave et bitume desquels s’élèvent des ondes de chaleurs
qui brouillent la vue. Pas un coin d’ombre et pas un souffle avant Energy Lab, mieux vaut ne pas être entamé pour attaquer cet aller retour, sous peine de rester séché au bord de la route, à
attendre que la nuit vienne rafraîchir l’ambiance.
Pour le moment, toujours pas de moins bien de mon côté et j’attaque la Queen K. en forme et pas en surchauffe. Ca me change
des éditions précédentes où j’avais vécu des moments difficiles par ici. Je suis toujours sur le même rythme : course autour de 13 km/h et arrêt aux stands pour une moyenne maintenant autour
de 7’40 au mile (4’45/km, 12.6 km/h). Rapidement je croise Faris Al-Sultan, qui en termine, visiblement éprouvé. Pas autant cependant que Chrissie Wellington, que je vois pour la première fois
sans sourire et tête basse sur un marathon. Elle en termine bientôt et heureusement, car 2’ derrière pointe Mirinda Carfrae qui garde de son côté une très belle allure. En fait Chrissie battra le
record du marathon en 2h52’41, et le conservera 2’, avant que Mirinda ne le batte en 2h52’09 !
Peu après je croise de nouveau Nico Hemmet toujours aussi concentré : si mes calculs sont bons, il devrait sortir une
course sous les 09h ! (en fait il fera 09h03 … superbe quand même). Mais la réelle surprise vient de JB, pas très loin derrière Nico, et qui est sur des bases sous 09h15. C’est vraiment une
course énorme !
De mon côté, j’arrive sans encombre au bout de la première ligne droite : j’aperçois les 2 miroirs d’Energy Lab en haut
d’une dernière montée. Virage à gauche et descente vers le Pacifique, face à un petit souffle rafraichissant, toujours rien à signaler, tout va bien. Au demi-tour, je croise Arnaud avec qui je
mesure l’écart à 4’. Je ne lui ai repris que 30 secondes en 25 km, et si je veux revenir il va falloir que j’accélère ou qu’il craque. Nous jouons quand même la place de 2° V1 Français
(derrière Philippe Antony), ce n’est pas rien (bon, si c’est totalement insignifiant, mais il faut bien se trouver des motivations pendant la course). Pour tenter de revenir, me sentant bien je
vais pour la première fois sortir de mon schéma tactique, qui prévoyait de n’accélérer qu’au retour sur la Queen K., pour augmenter le rythme juste après le demi-tour. Les jambes répondent
correctement. Le retour vers la Queen K., en montée vent dans le dos est comme prévu étouffant. Je croise d’abord Arnaud Bouvier qui a repris Fabrice, juste derrière mais qui résiste toujours à
Jean-Michel. Comme prévu, l’empoignade est sévère chez les V2
.
J’arrive sur la Queen K., peut-être 2 km après avoir décidé d’accélérer, et je sens que mes jambes commencent déjà à accuser
le coup. Il me reste encore 9 km jusqu’en haut de Palani Road, puis encore 2 km plutôt en descente jusqu’à l’arrivée. Cela risque d’être un petit peu long.
Effectivement au fur et à mesure des montées et descentes j’ai de plus en plus de mal à maintenir le rythme ou à repartir
après les ravitos. Je me concentre sur le sourire … important le sourire, ça veut dire même pas mal. Si j’arrive à m’en persuader, je pourrai peut-être accélérer. J’avais pour objectif sur cette
portion de commencer à me lâcher, de continuer à bien m’alimenter et bien me refroidir, mais avec « la gnak ». Quelque part à mi-chemin sur la Queen K. j’ai perdu la gnak en question et
j’ai renoncé à rattraper Arnaud, mais j’ai maintenant en tête le meilleur temps de Tonio ici, 09h53. Si je tiens à 12 km/h, je serai en dessous. Il ne faut pas craquer cependant. Je me rapproche
insensiblement d’un français croisé un peu plus tôt sur Alii Drive, Ludo, à qui je reprends du terrain entre les ravitos, et qui repart à chacun de mes arrêts. J’arrive à faire la jonction peu
avant la dernière côte. Il aime les montées et me reprend un peu de terrain dans la côte, tout en m’encourageant à m’accrocher. Je me connais bien, je sais que dès le sommet franchi je vais
sentir l’écurie. Et effectivement, dès la bascule effectuée, j’accélère dans la descente, puis sur le plat jusqu’à Hualalai street, et enfin dans les derniers 400 mètres sur Alii drive. Jusqu’au
bout je reprends des concurrents. Pas de sprint pour finir cependant et je termine seul sur le tapis, en 09h48, après un marathon en 03h21’29 meilleur temps sur marathon IM, record battu de 27
secondes !
Contrat rempli donc, course en moins de 10h00 en ayant couru mon meilleur marathon, pour une course agréable tout du long.
Magnifique perf aussi de JB en 09h11, 77°
scratch, objectif largement rempli. Dommage quelque part qu’il doive ouvrir une parenthèse l’année prochaine, il est sans doute largement capable de passer sous les 09h00 et de faire des places
vraiment intéressantes sur des parcours vallonnés. Enfin Fabrice de son côté aussi rempli largement tous ses objectifs en terminant en 10h12, largement avant la nuit, en ayant couru son meilleur
marathon, et lui aussi 3° français de sa caté, devant Jean-Michel
.
Aucune fausse note donc, et c’est quand même réellement exceptionnel. Jean-Michel de son côté veut revenir et faire moins de
10 heures. Pour ma part, pas de World Championship l’année prochaine, nous verrons en 2013, quand je passerai V2 :=). Je suis bien certains que Tonio va venir effacer mes 09h48 dès l’année
prochaine. J’aurai alors ma motivation toute trouvée pour revenir
.
En attendant place au repos pour moi.
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